Dans le cadre des municipales, deux mesures fortes permettant une réduction de notre production de déchets, à l’échelle de la collectivité se dessinent. Il s’agit de la tarification incitative et de la collecte séparée des biodéchets. Zero Waste Nantes vous en présente le détail.

20 collectivités sous la barre des 100 kgs d’OMR/habs/an… et toutes ont mises en place la tarification incitative !

Des collectivités impliquées dans la réduction des déchets


Nos poubelles débordent. Pour la métropole nantaise, ce sont près de 310 000 tonnes de déchets collectées par an (vous voyez l’Éléphant des machines de l’île ? Ça en fait à peu près 6200 😉). Cela représente 422 kg/hab dont 214 pour le contenu de nos poubelles bleues (aussi appelé OMR pour Ordures Ménagères Résiduelles). Nantes se retrouve ainsi en dessous de la moyenne nationale qui est de 261 kg/hab. C’est plutôt bien nous direz vous. Oui, mais c’est sans compter sur le fait qu’il est possible de faire bien mieux. En France, ce sont 91 collectivités qui parviennent à passer sous la barre des 150 kgs d’OMR dont 20 qui passent sous la barre des 100. Et toutes ces collectivités ont un point commun : elles ont mis en place la tarification incitative. De plus, un quart d’entre elles collectent également les déchets alimentaires de manière séparée.
Lumière sur deux solutions permettant une réduction drastique de nos déchets et des coûts qu’ils représentent…

Une bonne partie du contenu de nos poubelles pourrait être valorisée.
Nous avons la possibilité de valoriser nos déchets plutôt que de les incinérer.


La tarification incitative ?


La tarification ou redevance incitative, c’est le principe de payer la collecte et le traitement des déchets selon la quantité ou le volume des déchets que nous produisons et non plus selon la valeur foncière de l’habitation (ce qui est le cas à Nantes où nous payons actuellement la TeOM – Taxe d’enlèvement des Ordures Ménagères – dans la taxe d’habitation). La facture dépend donc de la quantité de déchets produits : ceux qui en produisent moins, paient moins !

Elle ne concerne pas que les habitants, mais elle peut aussi concerner les commerçants, les artisans et les administrations. Elle porte alors le nom de “redevance spéciale” qui permet de collecter plus efficacement leurs déchets recyclables, biodéchets et même de réduire les déchets à la source !

Cette tarification peut être mise en place de différentes manières :

  1. Tarification au poids : prix par kilo de déchets produits.
  2. Tarification au volume : prix défini par la taille de la poubelle, le nombre de passages de collecte (prix à la levée) ou via des sacs-poubelle prépayés.

Généralement, la tarification au poids est celle qui s’avère la plus efficace pour réduire nos déchets. La grille tarifaire est déterminée par la collectivité et doit être adaptée aux différentes situations (familles, milieux urbains collectifs, etc.). Pour que ce système soit juste et équitable, la collectivité doit réaliser une étude préalable approfondie et donner les moyens aux citoyens de réduire leurs déchets en amont, en favorisant le compostage par exemple.

Bilan moyen de la mise en place de la tarification incitative : -91 kgs/hab d’OMR.


Le compostage et sa mise en place à l’échelle d’une ville


Revenons aux bases du cycle de la nature. Un corps d’origine animale ou végétale se transforme en humus en se décomposant. Tous les produits organiques de notre cuisine peuvent suivre ce processus et sont donc biodégradables ! Composés de 60 à 90% d’eau, les incinérer avec nos autres déchets gaspille de l’énergie. Et sinon, lorsqu’ils sont mélangés à nos déchets résiduels, un jus toxique se crée. La solution gagnante : les trier à la source (dans nos cuisines !) et les collecter séparément. > Cela deviendra obligatoire dès décembre 2025 suite à la réglementation européenne.

Nous pouvons valoriser nos déchets organiques en les compostant. Ils retourneront à la terre, augmentant ainsi la fertilité des terres et leur capacité à absorber le carbone, diminuant le besoin d’irrigation et se substituant aux engrais de synthèse. Ils peuvent également être transformés en énergie par le processus de méthanisation. Pour cela, s’offrent plusieurs possibilités pour assurer leur collecte. Et toutes, peuvent être mises en place ou favorisées par la communauté de communes :

1. La collecte porte-à-porte (ou collecte séparée des biodéchets)

Dans la cuisine, nos déchets biodégradables sont placés dans un contenant dédié fourni par la collectivité (bioseau ou sac compostable). Une fois plein, on jette le contenu dans un bac individuel ou le point de collecte de l’immeuble. Il sera ensuite ramassé hebdomadairement ou bimensuellement par les agents de collecte afin d’être transformé au centre de compostage (avec revente du compost produit localement) ou en centre de méthanisation (avec génération de biogaz pour l’indépendance énergétique et de fertilisant organique). C’est la solution clé permettant de toucher l’ensemble des citoyens, même ceux ne pouvant réaliser un compostage de proximité ou ayant des réticences à un compostage individuel.

La commune de Lorient engagée dans la réduction des déchets
Le compostage est une vraie solution pour réduire nos déchets (ici en collecte séparée à Lorient).

2. Le compostage de proximité

À la campagne ou pour ceux qui ont un bout de terrain, cela peut facilement se pratiquer dans son jardin en achetant un composteur (on peut aussi le réaliser facilement soi-même). Il est aussi possible de pratiquer le compostage de surface ou d’alimenter certains animaux de basse-cour. < Nantes Métropole prend en charge 30€ pour l’achat d’un composteur individuel.

En ville, il est possible d’installer des composteurs collectifs dans les cours ou jardins publics, gérés par des citoyens, des associations et/ou les collectivités. On se retrouve avec les habitants d’un même quartier pour mettre ses déchets dans le composteur, ajouter une matière sèche carbonée et retourner la terre une fois par an. Réel lieu de vie, c’est l’occasion de rencontrer ses voisins et de passer des moments conviviaux ! < À Nantes, ce sont pour l’instant seulement près de 3000 foyers équipés de ce dispositif géré par l’association Compos’Tri.

3. Installations individuelles

Il existe d’autres solutions pour traiter séparément ses biodéchets comme le lombricomposteur pour un compostage en intérieur. Installés dans des boîtes empilées, les lombrics (vers de terre) accélèrent la décomposition des déchets. < Nantes Métropole prend en charge 40€ pour leur achat.

Il existe aussi le bokashi, un seau alimentaire de 5L, où nos déchets organiques peuvent fermenter. Bokashi est un mot japonais qui signifie “matière organique bien fermentée”, c’est en fait une méthode de compostage utilisée en culture biologique et écologique, qui permet de recycler la majorité de vos déchets alimentaires et également de favoriser la vie biologique du sol. Le son de bokashi (aussi appelé bokashi starter ou démarreur / activateur de bokashi), est un produit permettant de transformer ses déchets ménagers en engrais plein de vie et de nutriments pour le sol, grâce à la fermentation. Il est généralement composé de son de céréales contenant des micro-organismes efficaces. L’avantage est qu’il ne prend pas de place et qu’il n’y a pas de vers de terre chez soi, pour les plus réticents. < A Nantes, voir l’association Bricolowtech pour récupérer du son de bokashi. Pour les seaux, les épiceries vrac du coin se feront un plaisir de vous en fournir un vide gratuitement. 

Sur Nantes Métropole, si les subventions (souvent méconnues) pour les solutions de compostage individuelles et collectives vont dans le bon sens, elles laissent encore de côté trop d’habitants avec des déchets organiques qui finissent incinérés ou enfouis au lieu de retourner dans le cycle de la nature. Ce gaspillage des ressources pourrait être évité en renforçant les dispositifs actuels et l’information de leur existence. Ainsi qu’en pratiquant la collecte séparée des biodéchets. Espérons que l’essai réalisé dans le quartier Nord sera rapidement (et correctement) mis en place à l’échelle de la ville !

Bilan moyen de la mise en place de la tarification incitative : -91 kgs/hab d’OMR.


Quels changements attendre de ces solutions ?


Ces deux mesures pouvant être mises en place par la collectivité ont un impact réel pour réduire les déchets que nous brûlons ou enfouissons. Cela modifie les habitudes des foyers, mais ces habitudes sont récompensées. Concrètement, cela se traduit par :

  1. Une diminution massive des déchets à traiter par habitant. La tarification incitative offre les meilleurs résultats lorsqu’elle est associée à la collecte séparée des biodéchets.
  2. Un tri supplémentaire pour la collecte des biodéchets. Ne vous inquiétez pas, ce petit geste supplémentaire deviendra vite une habitude et vous aurez la satisfaction d’avoir contribuer à régénérer naturellement nos sols.
  3. Une meilleure valorisation des différents déchets qu’on produit. Le taux de tri augmente lorsqu’on met en place la tarification incitative, ce qui permet de préserver des ressources. De plus, redonner à la terre nos déchets alimentaires permet d’enrichir la vie du sol et sa qualité.
  4. Un environnement plus sain. Moins de déchets, cela implique moins de pollution liée à l’incinération (génération de déchets dangereux liés aux fumées d’incinération collectées, création de résidus d’incinération) ou à l’enfouissement (génération d’un jus de décharge toxique).
  5. Des économies et plus d’activités locales ! La réduction des déchets entraîne à terme une économie pour la collectivité (moins de passage, limite des investissements dans de nouveaux centres de traitement, etc.). Cela se répercute de fait sur les citoyens qui voient alors leur facture déchets baisser. De plus, limiter les déchets conduit souvent les citoyens à passer à une consommation plus locale et ainsi à favoriser nos producteurs locaux (système de consigne du verre par exemple). Le compostage créé également des emplois locaux avec des postes de maître-composteurs par exemple. 
  6. Et les incivilités ? Il se peut effectivement que quelques dépôts sauvages puissent apparaître au début de la mise en place de la tarification incitative. C’est pour cela que l’intégration des citoyens lors de son élaboration, qu’une bonne communication et une bonne planification doivent être réalisées par la collectivité afin que le système soit réellement juste. Il faut que ceux qui produisent moins de déchets fassent réellement des économies et que le système soit bien introduit auprès des citoyens. Ainsi, une fois que tout le monde se rend compte que le système est plus juste et plus économique, il n’y a pas plus d’incivilités qu’avant.


Des actions déjà menées avec succès en France et à travers le monde


Plusieurs grandes métropoles ont mis en place la collecte séparée des biodéchets depuis plusieurs années comme San Francisco ou Milan. Même certains quartiers de Paris bénéficient également de ce mode de collecte.

La tarification incitative a été choisie par plusieurs grandes villes qui en voient les bénéfices économiques et écologiques. C’est le cas du Grand Besançon : les habitants paient 50% d’abonnement fixe en fonction du service qu’ils souhaitent (taille et nombre de collectes) et 50% en fonction du poids. Les ordures résiduelles y ont baissé de 30% depuis la mise en place.


Pour récapituler…


Pour la communauté de commune, la tarification incitative et le compostage sont donc des leviers majeurs pour la diminution drastique de notre production de déchets. Outre les économies financières et en ressources réalisées à terme, cela impacte nos territoires avec une nouvelle dynamique de consommation plus locale génératrice d’emplois locaux et de résilience du territoire, avec moins d’énergie fossile consommées et une amélioration de la bonne santé de nos sols. Il nous semble donc essentiel que ces solutions figurent en bonne place dans les programmes des candidats aux municipales.


… Et pour aller plus loin !


Le livre Territoire Zero Waste de Zero Waste France


Par Manon D. et Gautier R. du pôle Plaidoyer
Edité par Manon

Comments (2)

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